Interrogés sur ce qui nous a poussé à devenir indépendants, nous répondons souvent : la liberté d’horaire.

Pourtant, nous sommes nombreux-ses à nous torturer avec un sujet très tendance : la procrastination.

Plutôt paradoxal quand on y pense…

Est-ce vraiment justifié de se martyriser avec notre habitude de remettre à plus tard (et de lire cet article passionnant du labo plutôt que de boucler sa compta) ?

Petit tour d’horizon des découvertes de io sur le sujet …

Ce n’est pas parce que Facebook dit que c’est un problème que c’est un problème

Le perfectionnisme est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre, surtout quand il est question de procrastination.

Certes, perdre plein de temps à perfectionner un truc qui n’est important pour personne (ni moi, ni les autres), c’est absurde.

De même, donner aux autres beaucoup plus que ce qu’ils attendent, c’est du gaspillage d’énergie.

Mais si la tâche compte pour moi, si je ne peux pas lâcher le truc tant que ce n’est pas le Big Yesss à l’intérieur, alors le perfectionnisme est de mise.

Parce que si la tâche est importante pour moi, c’est qu’elle est en lien avec mes valeurs, mes moteurs, mes aspirations profondes, … Tous ces ingrédients qui donnent un sens à ma vie.

Qui aurait envie de bâcler le sens de sa vie ?

Exemple de culpabilité fréquente chez les indépendants, surtout si ils ont une activité en ligne : s’en vouloir parce qu’ils passent trop de temps à concevoir leur site web.

Il est pourtant rationnel de passer du temps à perfectionner sa vitrine virtuelle.

D’autant que ce travail ne consiste pas seulement à faire des choix esthétiques et techniques. Il demande également une grande réflexion sur l’offre, la cible, le style… avant de pouvoir rédiger les textes qui mettront tout ça en valeur.

Et puis, pour la plupart d’entre nous, s’exposer n’est pas inné.

Concevoir son site web est donc un exercice délicat qui prend souvent beaucoup de temps.

Et c’est ok.

Même si nos écrans sont envahis de messages qui nous racontent le contraire :

  • « Passe à l’action plutôt que de parfaire ton site web »… Et euh… depuis quand concevoir un site web n’est plus une action ?
  • «Arrête de parfaire ton site web, ce qui compte, c’est de chercher des clients immédiatement » … Oui mais… qui sont mes clients et comment me contactent-ils ou se renseignent-ils sur moi?
  • « Ce qui compte, ce n’est pas de parfaire ton site web, c’est de mettre en place un tunnel de vente »… Mouè… et le tunnel de vente, il finit sur mon site web, non ?

Ces grands prédicateurs ne détiennent pas la vérité ultime.

Moi, j’aime pas les sites moches. Ni les magasins moches. Ça ne me donne pas envie de rester, encore moins d’acheter.

Mettre le paquet sur ce qui compte pour nous est parfaitement justifié, quoiqu’en disent les affamés du développement perso ou du marketing qui essaient de te vendre leurs services.

Si c’est important pour toi, tu as raison d’y consacrer du temps, quel que soit le domaine (design, formation, organisation, communication, mindset, aspects financiers, légaux, comptables, fiscaux,…)

Ce n’est pas de la procrastination. C’est du perfectionnisme. Et ce n’est pas un problème.

Si les sirènes de ton réseau social préféré prétendent le contraire, mets-les en sourdine. Toi seul sais ce qui t’anime inside. L’avis des autres sur cette question n’a aucune valeur.

Comparaison n’est pas raison

Il y a ceux qui préfèrent agir et ceux qui préfèrent réfléchir.

Chaque profil est fonctionnel à partir du moment où il n’essaie pas d’être l’inverse de lui-même.

Le fan d’action commence par faire, apprend de ses erreurs, corrige le tir et agit de nouveau.

Il aime le terrain.

Il peut culpabiliser de ne pas réfléchir suffisamment. Pourtant, procéder par essais-erreurs est sa manière d’atteindre son résultat.

Puisque réfléchir n’est pas ce qu’il fait le mieux, il a raison de ne pas perdre son temps à ça.

A l’inverse, le penseur passe du temps à concevoir, envisage les complications possibles dans sa tête et les anticipe. Du coup, elles ne surviendront pas.

Le jour où il passe à l’action, il y a peu d’ajustements requis.

Ça tombe bien puisque notre ami n’aime pas faire. Encore moins défaire et refaire.

Néanmoins, dans notre société qui valorise beaucoup l’action, la réflexion est souvent confondue avec la procrastination.

C’est évidemment très couteux pour l’estime de soi du penseur, surtout s’il se compare à son voisin hyperactif.

Qu’il n’oublie pas que réfléchir à son projet, c’est aussi le faire avancer. Et c’est gagner du temps pour la suite.

Or, puisque c’est l’obsession du temps qui se cache derrière la question de la procrastination…

La Fontaine est un lièvre cynique

L’autre truc mis en avant à tous les coups quand on évoque la procrastination, c’est le fait de faire les choses à la dernière minute.

Il parait que c’est une mauvaise idée, source de stress et génératrice de résultats peu satisfaisants.

N’importe quoi !

D’abord parce que s’il est parfaitement justifié de passer du temps à perfectionner ce qui compte, il est tout aussi sensé d’expédier les tâches qui nous gonflent.

A moins d’être maso, qui aurait envie de consacrer l’essentiel de son temps aux trucs pénibles et d’expédier ses kifs ?

Ensuite, parce que dans la grande majorité des cas, le résultat obtenu sera largement suffisant. L’argument selon lequel le résultat sera bâclé est un mythe. Une invention des tortues jalouses de la rapidité des lièvres.

Dans la vraie vie, nous savons tous que :

  • Les lièvres avancent beaucoup plus vite que les tortues et qu’il serait dès lors aberrant qu’ils se lèvent aussi tôt qu’elles.
  • Même si le lièvre arrive deuxième, parce qu’il a accompli plein d’autres trucs en route, on s’en fiche : il est quand même arrivé et son chemin a été beaucoup plus riche.
  • S’y prendre longtemps à l’avance ne garantit nullement que le résultat sera meilleur.

Quant au stress, il est notre allié. C’est lui qui nous pousse à l’action et nous rend performant le moment venu.

De plus, il est de courte durée.

Sauf s’il est confondu avec la culpabilité qu’on se trimballe jusqu’à passer  à l’action. Mais celle-là, elle est en option. Et n’existe plus dès qu’on se réconcilie avec la méthode last minute.

Après tout, on n’a jamais vu un lièvre marcher comme une tortue !

Le chef d’orchestre sait ce qu’il fait

Notre cerveau gère un nombre impressionnant de données et seule une infime partie de ces données est portée à notre conscience.

Donc si le chef décide que ce n’est pas le moment, ben c’est peut-être parce que ce n’est pas le moment :

  • Parce qu’il est fatigué et qu’une pause s’impose.
  • Ou qu’il est envahi par plein de petites tâches dont il veut se débarrasser avant d’attaquer le mammouth.
  • Ou qu’il a besoin de rêvasser pour mettre de l’ordre dans la base de données ou faire émerger de nouvelles idées.
  • Ou qu’il est plus raisonnable que notre bourreau et qu’il pratique la politique des petits pas.

Peut -être même qu’il est bloqué sur un sujet par une peur. Qu’il se consacre dès lors à d’autres dossiers.

Et peut-être que ne pas s’occuper de cette peur maintenant est une excellente idée.

Parce que ce n’est pas le bon moment.

Mais un jour, ce le sera.

Sinon, c’est que ce projet ne comptait pas tant que ça.

Alors, si on lui faisait confiance à notre super machine, qu’on travaillait avec elle plutôt que contre elle ?

Qui s’aime bien ne se châtie pas

Au début du siècle dernier, il était attendu des parents et maitres d’école qu’ils frappent les enfants pour les éduquer.

Aujourd’hui, c’est moins bien vu…

En entreprise, les dirigeants sont encouragés à faire preuve de bienveillance.

Le refrain est désormais connu : la violence ne résout rien, elle est totalement dysfonctionnelle à long terme.

Pourtant, quand ça traine trop à notre goût, la tentation est grande de passer en mode coup de pied aux fesses.

Chacun y va de sa petite recette perso pour se brusquer.

Bad idea.

Surtout pour l’indépendant parce qu’il est à la fois le bourreau et la victime, le décideur et l’exécutant. Sauf à souffrir d’un dédoublement de personnalité, il est peu probable que ce jeu de fous fonctionne durablement.

Bref, tout ce qui a un relent de violence, on raie de la liste.

Et si tu as peur de devenir trop laxiste avec toi-même, voici un guide sympa :

– Ne tolère pas de toi un comportement que tu ne tolèrerais pas de tes employés.

ex :  passer la journée sur les réseaux sociaux (sauf si ça fait partie du job évidemment).

– Ne t’inflige pas ce que tu n’infligerais pas à tes employés.

ex : une réprimande toutes les vingt-deux secondes.

D’ailleurs, se reprocher sans cesse le retard accumulé n’est d’aucune utilité.

Tout ce qu’on récolte en se jugeant, c’est :

  • D’interminables débats intérieurs entre notre accusateur et notre défenseur.
  • De la culpabilité, laquelle génère de la perte d’estime de soi, laquelle entraine à son tour du découragement.

Se reprocher sa procrastination passée est donc le meilleur moyen de fabriquer sa procrastination future.

Le passé est passé. N’en parlons plus.

Ta to-do list ne te veut que du bien

Aaah… la to-do list…

Tu sais ce truc qui se remplit sans fin et que ton accusateur intérieur brandit pour donner du crédit à ce qu’il raconte?

Tu la détestes.

Pourtant, tu ne pourrais pas faire sans elle.

Et s’il suffisait juste de changer de regard ?

Elle n’est pas là pour te rappeler tout le retard accumulé.

Elle n’est pas un bulletin d’évaluation de ta lenteur, de ta paresse ou de ta médiocrité.

Elle est là pour te permettre de te vider le cerveau.

Elle est un aide-mémoire.

Un outil d’aide à la décision quand tu dois fixer tes priorités.

Rien de plus.

Elle ne contient aucune émotion. Aucun reproche.

Et si elle est pleine de trucs, c’est que tu as une vie intense.

Vu comme ça, tu rêves toujours d’une to-do list vide ?

C’est qui le boss ?

Autre sujet régulièrement évoqué en même temps que la procrastination : le manque d’assertivité.

Si c’est un problème pour toi, que tes journées sont envahies par les demandes des autres, occupe-toi de ça. Promis, ça se soigne.

Et ça ne fera pas de toi un être égoïste, insensible aux autres.

Que du contraire.

La disponibilité extorquée n’est pas une vraie disponibilité pour l’autre.

La disponibilité choisie et offerte, si.

Dans ton entreprise, le boss, c’est toi. Dans ta vie, le boss, c’est toi. Personne d’autre.

Pas tes employés.

Pas tes clients.

Même si tu es prestataire de services, tu n’es pas à leur service.

Tu n’es pas le serviteur.

Tu es le décideur.

Sans ça, ça ne peut pas fonctionner. Sans capitaine, le bateau va couler.

En tant que chef d’entreprise, ta journée doit être remplie de décisions, pas de sollicitations (de leadership et pas de réaction).

Ces limites-là, toi seul-e peux les fixer. Les autres ne le feront pas à ta place.

Une citation qui circule sur les réseaux sociaux résume parfaitement l’idée : « Sois attentif à ce que tu tolères. Tu enseignes aux gens comment te traiter. »

Oui, c’est cash mais c’est essentiel si tu veux avancer.

All you need is love (&… clarté)

– Dis io, si je te suis bien, l’antidote à la procrastination, ce n’est pas une énième méthode d’organisation ou de mise en œuvre de sa volonté alors?

– Nope. L’antidote à la procrastination, c’est l’amour de soi.

– Ça fait grande prêtresse du développement perso ton truc.

– Ouè. N’empêche, c’est ça. C’est s’autoriser à donner la priorité à ce qui nous importe et expédier le reste, fonctionner en accord avec soi, faire confiance à notre cerveau, affirmer nos limites. Être bienveillant avec soi-même plutôt que jugeant.

– Alors si je m’aime, il n’y aura plus jamais de procrastination dans ma vie ?

– Presque…

– ?

– Il reste une situation où ça bloque alors que je voudrais vraiment que ça avance : quand c’est confus. Que je tourne en rond.

– Et dans ce cas-là, tu fais quoi ?

– Je n’écoute plus le critique intérieur qui m’enjoins d’agir encore plus et plus vite. Je m’arrête. Cinq minutes… ou six mois. Je mets de l’ordre. Dans mon environnement matériel, ma to-do list, mes objectifs ou même ma vie. J’inventorie les ressources dont je dispose. Je cherche les informations qui me manquent. Je m’épanche dans mon journal ou auprès d’un ami. Je me fais accompagner si c’est vraiment le gros smog.

– Tu clarifies, quoi.

– Yes ! Et après, tout redevient possible…

Enjoy !